Françoise Sagan dont le patronyme est emprunté à un personnage de Proust, naît un 21 juin 1935 dans une famille d’industriels aisés du nom de Quoirez. Elle est la benjamine : une sœur, Suzanne, et un frère, Jacques, sont de 11 et 8 ans ses aînés. Elle passe son enfance dans le Lot et dans le Dauphiné où son père dirige une usine pendant la guerre. À l’âge de dix ans, elle voit dans un cinéma de quartier un film sur les camps de la mort. Les images des corps sans vie ne cesseront de l’obséder. Sa scolarité est mouvementée ; elle fait preuve très tôt d’une forte indépendance d’esprit et d’un sens de l’humour qui transparaîtra dans son écriture. Après l’obtention de son baccalauréat, elle s’inscrit à la Sorbonne, entame des études supérieures qu’elle interrompt. Avec son frère, elle aime fréquenter les boîtes de nuit et les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Elle partage avec son amie Florence Malraux – celle-ci l’encouragera à faire éditer son premier manuscrit – un amour immodéré pour les textes, lit des auteurs français et étrangers classiques ou contemporains comme Stendhal, Flaubert, Sartre, Dostoïevski, Faulkner, Hemingway, Joyce ou Tenessee William.

Puis vient le succès éclatant de Bonjour tristesse - vendu à des centaines de milliers d’exemplaires - qui lui vaut d’être traitée dans Le Figaro de « charmant petit monstre » par François Mauriac. La légende se met en place. « Ainsi du scandale naquit la gloire, et de la gloire naquit la légende » écrit son fils Denis Westhoff. Hélène Gordon-Lazareff, la directrice du magazine Elle lui commande une série d’articles sur l’Italie. Ses reportages s’intitulent Bonjour Naples, Bonjour Capri, Bonjour Venise…

Au cours d’un voyage promotionnel aux États-Unis, Françoise Sagan fait la connaissance à New York de Billy Holliday. « C’était une femme fatale, dans le sens où la fatalité s’en était prise à elle dès le départ et ne l’avait jamais quittée », et en Floride de Tenessee Williams, « l’écrivain, le poète, le dramaturge, celui dont j’avais eu l’occasion de répéter cent fois (…) qu’il était pour moi un des principaux auteurs américains ». Il vit en compagnie de la romancière américaine Carlson McCullers que Sagan admire beaucoup. Ces rencontres la marquent profondément, elle en parlera dans son récit autobiographique Avec mon meilleur souvenir (Gallimard, 1984) dans lequel elle trace le portrait d’Orson Welles - elle fait sa connaissance au festival de Cannes -, de Rudolph Noureev qu’elle rencontre à Amsterdam et de Jean-Paul Sartre dont elle a tout lu et qui deviendra un ami.

Un certain sourire, son deuxième roman dédié à Florence Malraux, paraît en 1956. À l’instar du précédent, ce livre remporte un grand succès littéraire et commercial.

Passionnée par les belles voitures, et la vitesse « De même qu’elle rejoint le jeu, le hasard, la vitesse rejoint le bonheur de vivre, et par conséquent, le confus espoir de mourir », Sagan fait l’acquisition d’une Jaguar XK120 (puis ce sera une Gordini, une Aston Martin, une Ferrari, une Maserati…), découvre les « tapis verts », est séduite, galope de casino en casino, joue au-dessus de ses moyens et gagne souvent.
À l’âge de 24 ans, elle s’achète le manoir de Breuil à Équemauville près d’Honfleur, un 8 août, à 8 heures du matin pour 8 millions d’anciens francs, après avoir joué le « 8 » au casino de Deauville. La maison, un peu déglinguée, est ouverte à tous ses amis. Sagan aime s’amuser, dépenser, « l’argent [doit] être un outil de liberté, pas un gage de sécurité » et se montre très généreuse. « Sans Sagan, la vie serait mortelle d'ennui », notera dans l’une de ses Chroniques 1961-1971, rassemblées sous le titre En soixantaine (Julliard,1996), l’écrivain et journaliste Bernard Frank très lié à Françoise Sagan.
Elle devient le symbole de la jeune femme libre qui vit dans l’instant et sans limites, élégante et moderne. Mais la littérature est sa véritable passion et elle ne cessera de lire, d’écrire, et de publier. « Écrire est la seule vérification que j’ai de moi-même » confie t-elle à Jean-Jacques Pauvert en 1975. Ses romans, traduits en quinze langues, seront pour la plupart adaptés au cinéma, notamment Aimez-vous Brahms (1959) porté à l'écran par Anatole Litvak en 1960, avec Ingrid Bergman, Yves Montand, Anthony Perkins, La chamade (1965) adapté en 1968 par Alain Cavalier, avec Catherine Deneuve, Michel Piccol, et ses pièces jouées au théâtre.

Un terrible accident au volant de son Aston Martin, en 1957, bouleverse sa vie qu’elle a risqué de perdre. Ses douleurs sont telles qu’on lui administre du Palfium, un succédané de la morphine. Elle s’y accoutume et entre en cure de désintoxication. Pendant ce séjour, elle écrit un court journal intitulé Toxique, elle y laisse filtrer les peurs qui l’assaillent. Il sera publié sept ans plus tard, illustré par les dessins de son ami Bernard Buffet. Sagan et son goût pour la liberté, la gaieté, l’audace, sera marquée pour le reste de son existence par cette addiction.
En 1961, elle signe le Manifeste des 121, « Déclaration sur les droits à l'insoumission dans la guerre d'Algérie. » En représailles, l’OAS plastique le domicile de ses parents ; aucune conséquence grave. En avril 1971, elle signe celui des 343 pour le droit à l’avortement. « Je ne suis inscrite à aucun parti politique, mais je suis engagée à gauche. Je déteste tuer, s'il y avait une guerre, je m'en irais. Où ? Je ne sais pas... Mais s'il y avait une invasion fasciste, je me battrais. Contre une cause indigne, je me battrais. » (À Jean-Jacques Pauvert.)
Elle épouse l’éditeur Guy Schoeller de vingt ans son aîné en 1958, divorce deux ans plus tard et se marie avec Robert Westhoff, officier de l’armée américaine, puis mannequin et grand mélomane qui s’adonne à la sculpture. De leur union naît Denis Westhoff, le fils unique de Françoise Sagan. « Je sais ce que c'est d'être un arbre avec une nouvelle branche : c'est d'avoir un enfant ». Ne supportant pas d'être mariée, Sagan divorce à nouveau, mais le couple se sépare véritablement en 1972, dix ans après la naissance de leur fils. Elle entame une relation en 1976 avec la styliste Peggy Roche qui restera sa compagne, son ange gardien, son pilier jusqu’à la mort de celle-ci en 1991. Françoise Sagan sera très affectée par cette disparition qui coïncide de surcroît avec celle de Robert Westhoff un an plus tôt, de son frère Jacques, de ses parents, et de Jacques Chazot, un de ses plus proches amis. Les années quatre-vingt-dix sont marquées par la perte de ces êtres qui lui sont chers.

L’argent, la fête, le jeu, la vitesse au volant de voitures extravagantes, les amours libres, l’alcool, la drogue ont alimenté sa légende. Sans parler de ses héroïnes de fiction dont le mode de vie, dissolu, a été assimilé au sien. La ronde des stupéfiants l’a fait s’entourer de personnages troubles et se compromettre dans l’affaire Elf en 2002. Gravement malade, elle meurt d’une embolie pulmonaire à l'hôpital de Honfleur à quelques kilomètres de sa maison de Normandie, le 24 septembre 2004, ruinée.

En 1985, Françoise Sagan recevait le Prix Albert de Monaco pour l’ensemble de son œuvre. En 1998, elle écrivait Derrière l’épaule son dernier texte, une relecture d’une douzaine de ses œuvres qui évoque sa relation à l’écriture ; et rédigeait son épitaphe :
« Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »