
Hector Charreton : Sculpter le temps, habiter la matière
Categories : Dans le quartier, Artistes, publié le : 15/08/2025
Paris Design Week 2025 à l’Hôtel de Lille
« J’ai toujours ramassé des pierres. Peut-être pour garder une trace, peut-être pour retenir quelque chose du temps. »
— Hector Charreton
Il y a, dans les créations d’Hector Charreton, quelque chose qui précède les mots.
Un souffle ancien, une mémoire enfouie. Ses meubles-sculptures ne se contentent pas de remplir un espace : ils semblent raconter un passage, une lente transformation, un dialogue intime avec la matière. À seulement 27 ans, ce jeune designer, fondateur du studio Divague à Bordeaux, est déjà reconnu pour son univers singulier où se rencontrent pierre, bois, métal et verre.
À l’occasion de la Paris Design Week 2025, l’Hôtel de Lille lui ouvre ses portes. Trois de ses pièces y prennent place : le miroir Menhir, la table Deidra et la lampe Tourmaline. Trois fragments d’un même paysage intérieur, trois invitations à ralentir le temps pour mieux en observer les traces.
Un langage venu des pierres
L’histoire d’Hector commence bien avant son studio, bien avant ses premières pièces. Elle prend racine dans son enfance, entre Saint-Cloud et Le Bouscat, près de Bordeaux. Chaque week-end, il suit sa mère dans les vides-greniers et les brocantes : « Je repartais toujours avec un petit caillou, un quartz, un fossile. C’était mon rituel. »
Dans le salon de son grand-père, un passionné de minéraux, il découvre un vieux manuel de gemmologie. Les pages abîmées deviennent pour lui un atlas secret : chaque pierre porte une histoire, chaque reflet une énigme. Le soir, dans sa chambre d’enfant, il aligne ses trésors sur une étagère, construit des cabanes imaginaires, invente des paysages miniatures.
« J’ai grandi avec cette idée que la matière parle. La pierre, le métal, le bois… chacun a son langage, et moi, j’essaye simplement d’écouter. »
Plus tard, son beau-père bronzier l’initie au travail des métaux, lui apprend à dompter la chaleur, à sentir le point de fusion où la matière se transforme. Ce rapport intime et charnel à la création ne le quittera plus.
Du geste à l’intention
Après un bac scientifique, le design s’impose comme une évidence. Hector intègre l’École de design de Bordeaux, en design produit, mais ne se satisfait pas de l’enseignement académique. Il a besoin de toucher, de sentir, d’apprendre avec les mains. Très vite, il rejoint l’atelier d’un maître artisan : « C’est là que j’ai compris que la soudure n’était pas juste une technique. C’est un langage. La façon dont deux métaux s’unissent raconte déjà une histoire. »
Cette recherche du geste juste se poursuit à Biarritz, chez Blunt Studio, où il passe huit mois. Il y découvre une autre approche : penser l’objet comme un pont entre la sculpture et l’usage. Cette tension fertile devient le cœur de son travail.
En 2022, il signe sa première pièce majeure : la table Oxyde. Surface brute, patinée, presque minérale : une table qui semble avoir traversé les âges. Présentée à la Paris Design Week 2024, elle attire l’attention de la LSD Galerie à Paris, qui le représente désormais, aux côtés de Coutume Studio à Bordeaux et de Monde Singulier.
Divaguer, créer, recommencer
Son studio porte un nom qui dit tout : Divague. « Divaguer, c’est se perdre pour mieux se retrouver. C’est accepter que la nature nous guide plus qu’on ne la dirige. »
Dans son atelier bordelais, blocs de pierre, plaques d’acier, morceaux de verre et planches de bois s’entassent dans un désordre savamment orchestré. Hector commence toujours par observer : les nervures d’un quartz, les cicatrices d’un métal oxydé, les ombres portées par une faille. Puis il assemble, polit, martèle, patine, jusqu’à faire naître une présence.
« Je veux que mes pièces portent le souvenir du temps. Qu’elles semblent avoir toujours existé, et pourtant, qu’elles soient indéniablement d’aujourd’hui. »
Chacune de ses créations traduit cette tension : entre brutalité et subtilité, archaïsme et modernité. Le miroir Menhir capturent la lumière comme des fragments de ciel ancien. La table Deidra, modulaire joue sur les strates de métal oxydé, évoquant des paysages géologiques miniatures. La lampe Tourmaline piège la transparence, comme si un éclat de cristal avait été suspendu dans le temps.
Hector Charreton, retenez son nom, vise à estomper la frontière entre l’art et le design, entre la sculpture et l’objet.
Le design est pour lui une façon de traduire son univers et ses émotions grâce à une intention, une pulsion créative, qui le guide dans chacune de ses démarches depuis ses plus lointains souvenirs.
Ce désir instinctif de communiquer à tous dans un langage universel s’assouvit par l’expression de la matière.
Pour lui, la matière est un langage émotionnel que chacun interprète personnellement. Matériaux bruts, formes massives et primitives, imperfections, teintes terreuses :tel est l’alphabet avec lequel il compose ses créations étonnamment raffinées et chaleureuses.
Sa ligne directrice : faire en sorte que son public voyage, Divague...
À l’Hôtel de Lille : quand le design habite l’histoire
Dans les salons de l’Hôtel de Lille, ces pièces trouvent un écrin naturel. En accueillant Hector, l’hôtel confirme son rôle de passeur : un lieu qui célèbre l’art de vivre et s’ouvre aux talents émergents.
Du 4 au 13 septembre 2025, les visiteurs de la Paris Design Week pourront découvrir ce travail singulier dans un parcours intime, à la croisée du design et de la sculpture.
« J’aime l’idée que mes pièces parlent plus que moi. Qu’elles puissent toucher, sans avoir besoin de se justifier. »
Un univers déjà collectionné
Aujourd’hui, les créations d’Hector sont représentées par la LSD Galerie à Paris, Coutume Studio à Bordeaux et Monde Singulier. Ses pièces circulent entre expositions et collections privées, suscitant l’intérêt des amateurs comme des professionnels. Mais malgré ce succès grandissant, Hector garde une approche instinctive :
« J’avance par petites pierres, comme quand j’étais enfant. Je laisse le temps faire son œuvre, je me laisse guider. »
Et c’est sans doute là que réside la force d’Hector Charreton : créer des objets qui semblent hors du temps, et pourtant profondément ancrés dans le nôtre.
Informations pratiques
Paris Design Week 2025
Exposition des créations d’Hector Charreton
Du 4 au 13 septembre 2025
À l’Hôtel de Lille, Saint-Germain-des-Prés
Colombe de la Taille